Croyance

Signification de la parole de certains salafs à propos des textes ambigus (mutashābihāt) : « Amirrūhā kamā jāʾat » (Passez-les comme elles sont venues)

Imad 15 septembre 2026 10 min de lecture
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Signification de la parole de certains salafs à propos des textes ambigus (mutashābihāt) : « Amirrūhā kamā jāʾat » (Passez-les comme elles sont venues)

Le frère estimé Yūsuf Zamzam a dit dans sa précieuse recherche « Les informations ambiguës : la voie des salafs de la communauté et le chemin des savants imams » :

« Les preuves de la doctrine du tafwīḍ (délégation) :

Première preuve de la doctrine du tafwīḍ : “Passez-les sans comment”, et sa signification.

Al-Bayhaqī a rapporté avec une chaîne authentique d’après al-Walīd ibn Muslim : On a interrogé al-Awzāʿī, Mālik, Sufyān al-Thawrī et al-Layth ibn Saʿd au sujet de ces ḥadīths qui sont venus concernant le tashbīh (assimilation). Ils dirent : « Passez-les comme elles sont venues, sans kayfiyya (modalité). » [1]

Ils ont dit : Et quelle preuve y a-t-il dans cela ?

Nous avons dit : La preuve réside dans le sens de l’imrār (le fait de les faire passer), et dans le sens de la négation du takyīf (la qualification), qui est le tafwīḍ et le tanzīh (la transcendance). Voici l’explication :

Premièrement : le sens de l’imrār : le dépassement et le silence sur l’interprétation et le sens.

Ibn Manẓūr a dit : « Amrartu al-shayʾa umirru-hu imrāran » signifie : « Je l’ai fait passer », c’est-à-dire le faire aller, le laisser partir. [2]

Donc le sens de « faire passer une chose » est de la dépasser et de la laisser s’en aller sans accomplir d’acte particulier.

Quel est donc l’acte que les salafs ont ordonné de dépasser les textes sans accomplir ? Et quel est leur intention par l’imrār ?

Il est préférable que je me taise, que mes adversaires se taisent, et que nous laissions les savants des musulmans nous répondre à ce sujet.

Textes des savants expliquant la parole des salafs « Amirrūhā bilā kayf » :

Il a également dit : « Il convient, dans un tel imrār, de tenir pour croyance que les attributs d’Allāh ne ressemblent pas aux attributs des créatures, et que le sens de l’imrār est le manque de science quant à ce qui est voulu par cela, tout en croyant à la transcendance. » [4]

Il a aussi argumenté à partir de la parole des salafs « Amirrūhā » en faveur du silence sur le discours à propos de ces textes. [5]

Ainsi, d’après le témoignage de l’imam Ibn al-Jawzī al-Ḥanbalī, l’imrār signifie : l’ignorance de l’interprétation du texte, son dépassement, le silence à son sujet, et le manque de science quant à ce qui est voulu par lui.

Ils ont dit : Il est possible qu’Ibn al-Jawzī soit seul dans cette interprétation, et comment savons-nous que l’imrār signifie le fait de ne pas interpréter le texte ni d’en exposer le sens ? Cela nécessite un texte d’un imam des trois premiers siècles.

Nous avons dit : Voici l’imam le muḥaddith Abū Ḥātim al-Rāzī (m. 277 H) à qui son fils Abū Muḥammad demande l’« interprétation » de certaines ambiguïtés, et il lui répond par le mot « imrār ». [6]

S’il avait été permis selon lui d’interpréter le texte selon son apparence ou selon un sens figuré, il aurait répondu. Mais il s’est contenté de l’imrār.

Cela signifie que l’imrār du texte chez les salafs signifie le manque de science quant à son interprétation.

Or il est bien connu que les anthropomorphistes (mujassima) refusent de qualifier ces textes d’ambigus ; ils prétendent au contraire qu’ils font partie des textes clairs (muḥkamāt) dont le sens est connu à propos d’Allāh.

Nous en tirons ici le sens que le mot imrār signifie que ces textes sont problématiques et ambigus.

Nous en tirons ici un autre sens : l’imrār signifie la conviction de l’impossibilité des apparences des textes ambigus à propos d’Allāh.

Cela est décisif quant au fait que l’imrār des salafs signifie :

  1. Le jugement que le texte est ambigu ;
  2. La foi globale en lui et le silence à son sujet ;
  3. La conviction qu’on n’en veut pas l’apparence ;
  4. La délégation de son sens à Allāh.

Autre preuve que les salafs ont entendu par l’imrār le fait de ne pas interpréter les textes ambigus, de renoncer à rechercher leur taʾwīl et de déléguer leur science à Allāh :

Parmi les preuves de cela figure le fait que les salafs ont employé ce mot (l’imrār) à propos d’autres textes qui ne concernent pas du tout les attributs. Or il n’est ni raisonnable ni imaginable qu’ils aient voulu par là uniquement déléguer la modalité de ce qui se trouve dans ces textes. Voici des exemples :

  1. À propos du ḥadīth « Le fornicateur ne fornique pas tandis qu’il est croyant », al-Zuhrī a dit : « Passez les ḥadīths comme les a passés ceux qui vous ont précédés… »
    Et l’imam al-Kalābādhī (m. 380 H) a dit : « La parole d’al-Zuhrī “Amirrū al-aḥādīth kamā amarra-hā man qablakum” est une soumission à l’ordre d’Allāh le Très-Haut, une obéissance au Messager d’Allāh, une confirmation de sa véracité, une foi en lui dans ce qui est su et dans ce qui est ignoré, et le renoncement à objecter à Allāh et à Son Messager, et à les juger par des intelligences faibles et des compréhensions mesquines, par foi en Allāh et en Son Messager, confirmation de leur véracité, et délégation de la science de l’interprétation de ce que nous ignorons à Allāh et à Son Messager… Et de même leur parole concernant les informations ambiguës. » [17]
  2. Autre exemple : à propos du ḥadīth de la prière de Mūsā auprès de sa tombe la nuit de l’Isrāʾ, Sālim ibn Hāniʾ a dit : « J’ai interrogé Wakīʿ au sujet de ce ḥadīth. Il a dit : “Ô Khorassanien, des informations ont été rapportées, passez-les comme elles ont été transmises.” »
    Et l’imam al-Kalābādhī a commenté en disant : « C’est la doctrine de Wakīʿ et d’un groupe de savants de l’athar, et de beaucoup de juristes de la réflexion, concernant les informations ambiguës : ils voient qu’il faut les rapporter, mais ne voient pas qu’il faille les rechercher. D’autres savants les ont recherchées et ont permis de chercher leur interprétation, et ils les ont interprétées selon les aspects les plus éloignés du doute et les plus conformes aux principes. Il est donc possible que le sens de la parole du Prophète soit… » [18]

Ainsi apparaît clairement que ceux qui ont « passé » (amarrū) n’ont pas parlé du sens : ils n’ont pas dit « Nous les interprétons selon leur apparence », comme le disent ceux qui se réclament des salafs. Il apparaît également que l’imrār signifie la délégation de l’interprétation et des sens de ces textes. »


Notes :

[1] Al-Asmāʾ wa-l-Ṣifāt d’al-Bayhaqī [2/377], éd. al-Sawādī
[2] Lisān al-ʿArab d’Ibn Manẓūr [5/165], éd. Ṣādir
[3] Kashf al-Mushkil d’Ibn al-Jawzī [3/506], éd. al-Waṭan
[4] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [6/40], éd. al-Maʿrifa
[5] Kashf al-Mushkil d’Ibn al-Jawzī [3/379], éd. al-Waṭan
[6] Al-ʿIlal d’Ibn Abī Ḥātim (2118), éd. al-Rushd
[7] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Rajab [7/234], éd. al-Ḥaramayn
[8] Tafsīr al-Thaʿlabī [2/129], éd. Iḥyāʾ al-Turāth
[9] Tafsīr al-Samʿānī [3/320], éd. al-Waṭan ; Tafsīr al-Baghawī [2/197], éd. Iḥyāʾ al-Turāth ; Tafsīr al-Khaṭīb al-Shirbīnī [1/480], éd. Būlāq ; Lawāmiʿ al-Anwār al-Bahiyya d’al-Saffārīnī [1/99], éd. al-Khāfiqayn
[10] Al-Mufhim li-mā ashkala min Talkhīṣ Ṣaḥīḥ Muslim d’al-Qurṭubī [1/411], éd. Ibn Kathīr – al-Kalim al-Ṭayyib. Et le fait que la doctrine des salafs soit de s’arrêter quant aux textes ambigus est ce que dit Abū al-Baqāʾ al-Kafawī al-Ḥanafī. Al-Kulliyyāt d’al-Kafawī [549], éd. al-Risāla
[11] Tafsīr al-Qurṭubī [4/14], éd. al-Kutub al-Miṣriyya
[12] Sharḥ al-Nawawī ʿalā Muslim [2/42], éd. Iḥyāʾ al-Turāth ; Sharḥ Ibn Mājah d’al-Suyūṭī [282], éd. Qadīmī Kutub Khāna
[13] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [13/390], éd. al-Maʿrifa
[14] Nihāyat al-Mubtadiʾīn d’Ibn Ḥamdān [35], éd. al-Rushd
[15] Al-Ajwiba al-Marḍiyya ʿan al-Asʾila al-Makkiyya d’al-ʿIrāqī [26], éd. al-Tawʿiya al-Islāmiyya
[16] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [13/407], éd. al-Maʿrifa
[17] Maʿānī al-Akhbār d’al-Kalābādhī [218-219], éd. al-ʿIlmiyya
[18] Maʿānī al-Akhbār d’al-Kalābādhī [221], éd. al-Kutub al-ʿIlmiyya ; voir aussi al-Taʿarruf li-Madhhab Ahl al-Taṣawwuf d’al-Kalābādhī [37], éd. al-Kutub al-ʿIlmiyya

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