article recopiee de face book
Signification de la parole de certains salafs à propos des textes ambigus (mutashābihāt) : « Amirrūhā kamā jāʾat » (Passez-les comme elles sont venues)
Le frère estimé Yūsuf Zamzam a dit dans sa précieuse recherche « Les informations ambiguës : la voie des salafs de la communauté et le chemin des savants imams » :
« Les preuves de la doctrine du tafwīḍ (délégation) :
Première preuve de la doctrine du tafwīḍ : “Passez-les sans comment”, et sa signification.
Al-Bayhaqī a rapporté avec une chaîne authentique d’après al-Walīd ibn Muslim : On a interrogé al-Awzāʿī, Mālik, Sufyān al-Thawrī et al-Layth ibn Saʿd au sujet de ces ḥadīths qui sont venus concernant le tashbīh (assimilation). Ils dirent : « Passez-les comme elles sont venues, sans kayfiyya (modalité). » [1]
Ils ont dit : Et quelle preuve y a-t-il dans cela ?
Nous avons dit : La preuve réside dans le sens de l’imrār (le fait de les faire passer), et dans le sens de la négation du takyīf (la qualification), qui est le tafwīḍ et le tanzīh (la transcendance). Voici l’explication :
Premièrement : le sens de l’imrār : le dépassement et le silence sur l’interprétation et le sens.
Ibn Manẓūr a dit : « Amrartu al-shayʾa umirru-hu imrāran » signifie : « Je l’ai fait passer », c’est-à-dire le faire aller, le laisser partir. [2]
Donc le sens de « faire passer une chose » est de la dépasser et de la laisser s’en aller sans accomplir d’acte particulier.
Quel est donc l’acte que les salafs ont ordonné de dépasser les textes sans accomplir ? Et quel est leur intention par l’imrār ?
Il est préférable que je me taise, que mes adversaires se taisent, et que nous laissions les savants des musulmans nous répondre à ce sujet.
Textes des savants expliquant la parole des salafs « Amirrūhā bilā kayf » :
- L’imam Ibn al-Jawzī al-Ḥanbalī (m. 597 H) a dit : « La plupart des salafs s’abstenaient d’interpréter de telles choses et les passaient comme elles sont venues… Ainsi, le sens de l’imrār du ḥadīth est l’ignorance de son interprétation. » [3]
Il a également dit : « Il convient, dans un tel imrār, de tenir pour croyance que les attributs d’Allāh ne ressemblent pas aux attributs des créatures, et que le sens de l’imrār est le manque de science quant à ce qui est voulu par cela, tout en croyant à la transcendance. » [4]
Il a aussi argumenté à partir de la parole des salafs « Amirrūhā » en faveur du silence sur le discours à propos de ces textes. [5]
Ainsi, d’après le témoignage de l’imam Ibn al-Jawzī al-Ḥanbalī, l’imrār signifie : l’ignorance de l’interprétation du texte, son dépassement, le silence à son sujet, et le manque de science quant à ce qui est voulu par lui.
Ils ont dit : Il est possible qu’Ibn al-Jawzī soit seul dans cette interprétation, et comment savons-nous que l’imrār signifie le fait de ne pas interpréter le texte ni d’en exposer le sens ? Cela nécessite un texte d’un imam des trois premiers siècles.
Nous avons dit : Voici l’imam le muḥaddith Abū Ḥātim al-Rāzī (m. 277 H) à qui son fils Abū Muḥammad demande l’« interprétation » de certaines ambiguïtés, et il lui répond par le mot « imrār ». [6]
S’il avait été permis selon lui d’interpréter le texte selon son apparence ou selon un sens figuré, il aurait répondu. Mais il s’est contenté de l’imrār.
Cela signifie que l’imrār du texte chez les salafs signifie le manque de science quant à son interprétation.
- C’est aussi ce qu’ont dit l’imam Makhūl (m. 100 H) et l’imam al-Zuhrī (m. 125 H) lorsqu’on les interrogea sur « l’interprétation de ces ḥadīths » : ils dirent « Amirrūhā ». [7]
- Et voici l’imam Abū Isḥāq al-Thaʿlabī (m. 427 H) qui invoque le mot imrār pour signifier « le fait de ne pas s’engager dans le sens et de s’arrêter quant à l’interprétation ». [8]
- Ont également invoqué le mot imrār l’imam Abū al-Muẓaffar al-Samʿānī al-Shāfiʿī (m. 489 H), l’imam Muḥyī al-Sunna al-Baghawī (m. 510 H), l’imam al-Khaṭīb al-Shirbīnī al-Shāfiʿī (m. 977 H) et l’imam al-Saffārīnī al-Ḥanbalī (m. 1188 H) pour affirmer que ces textes font partie des « versets ambigus » et que ce qui y est rapporté sont des « attributs ambigus ». [9]
Or il est bien connu que les anthropomorphistes (mujassima) refusent de qualifier ces textes d’ambigus ; ils prétendent au contraire qu’ils font partie des textes clairs (muḥkamāt) dont le sens est connu à propos d’Allāh.
- Et voici l’imam Abū al-ʿAbbās al-Qurṭubī al-Mālikī (m. 656 H) qui interprète la parole des salafs « Lisez-les sans kayf » par « le fait de s’arrêter de parler des textes problématiques ». [10]
Nous en tirons ici le sens que le mot imrār signifie que ces textes sont problématiques et ambigus.
- Et voici l’imam Abū ʿAbd Allāh al-Qurṭubī al-Mālikī (m. 671 H) qui dit : « Il est bien connu que la doctrine des salafs consiste à s’abstenir d’exposer leur interprétation, tout en étant convaincus de l’impossibilité de leurs apparences (ẓawāhir), et ils disent : “Amirrūhā kamā jāʾat”. » [11]
Nous en tirons ici un autre sens : l’imrār signifie la conviction de l’impossibilité des apparences des textes ambigus à propos d’Allāh.
- Et voici l’imam Muḥyī al-Dīn al-Nawawī al-Shāfiʿī (m. 676 H) et l’imam Jalāl al-Dīn al-Suyūṭī (m. 911 H), tous deux shāfiʿites, que nous voyons argumenter à partir de la parole d’al-Zuhrī « Amirrūhā kamā amarra-hā man qablakum » en faveur du fait de ne pas s’engager dans le sens et de ne pas en connaître le sens. [12]
- Et voici l’imam Ibn al-Munīr al-Mālikī (m. 683 H) qui dit à propos de la doctrine des salafs : « Les passer telles qu’elles sont venues, en déléguant leur sens à Allāh le Très-Haut. » [13]
- Et voici l’imam Ibn Ḥamdān al-Ḥanbalī (m. 695 H) qui dit : « Tout ce dont la transmission d’Allāh le Très-Haut, de Son Messager ﷺ ou de sa communauté est authentique, doit être accepté et suivi, et passé tel qu’il est venu, même si l’on n’en comprend pas le sens. » [14]
- L’imam Walī al-Dīn al-ʿIrāqī al-Shāfiʿī (m. 826 H) a dit : « Les passer telles qu’elles sont venues, sans s’y engager, et sans en raisonner le sens. » [15]
- Et voici l’imam Ibn Ḥajar al-ʿAsqalānī al-Shāfiʿī (m. 852 H) qui invoque le mot imrār dans le récit de ceux qui ont adopté le tafwīḍ de l’interprétation des textes ambigus. [16]
Cela est décisif quant au fait que l’imrār des salafs signifie :
- Le jugement que le texte est ambigu ;
- La foi globale en lui et le silence à son sujet ;
- La conviction qu’on n’en veut pas l’apparence ;
- La délégation de son sens à Allāh.
Autre preuve que les salafs ont entendu par l’imrār le fait de ne pas interpréter les textes ambigus, de renoncer à rechercher leur taʾwīl et de déléguer leur science à Allāh :
Parmi les preuves de cela figure le fait que les salafs ont employé ce mot (l’imrār) à propos d’autres textes qui ne concernent pas du tout les attributs. Or il n’est ni raisonnable ni imaginable qu’ils aient voulu par là uniquement déléguer la modalité de ce qui se trouve dans ces textes. Voici des exemples :
- À propos du ḥadīth « Le fornicateur ne fornique pas tandis qu’il est croyant », al-Zuhrī a dit : « Passez les ḥadīths comme les a passés ceux qui vous ont précédés… »
Et l’imam al-Kalābādhī (m. 380 H) a dit : « La parole d’al-Zuhrī “Amirrū al-aḥādīth kamā amarra-hā man qablakum” est une soumission à l’ordre d’Allāh le Très-Haut, une obéissance au Messager d’Allāh, une confirmation de sa véracité, une foi en lui dans ce qui est su et dans ce qui est ignoré, et le renoncement à objecter à Allāh et à Son Messager, et à les juger par des intelligences faibles et des compréhensions mesquines, par foi en Allāh et en Son Messager, confirmation de leur véracité, et délégation de la science de l’interprétation de ce que nous ignorons à Allāh et à Son Messager… Et de même leur parole concernant les informations ambiguës. » [17] - Autre exemple : à propos du ḥadīth de la prière de Mūsā auprès de sa tombe la nuit de l’Isrāʾ, Sālim ibn Hāniʾ a dit : « J’ai interrogé Wakīʿ au sujet de ce ḥadīth. Il a dit : “Ô Khorassanien, des informations ont été rapportées, passez-les comme elles ont été transmises.” »
Et l’imam al-Kalābādhī a commenté en disant : « C’est la doctrine de Wakīʿ et d’un groupe de savants de l’athar, et de beaucoup de juristes de la réflexion, concernant les informations ambiguës : ils voient qu’il faut les rapporter, mais ne voient pas qu’il faille les rechercher. D’autres savants les ont recherchées et ont permis de chercher leur interprétation, et ils les ont interprétées selon les aspects les plus éloignés du doute et les plus conformes aux principes. Il est donc possible que le sens de la parole du Prophète soit… » [18]
Ainsi apparaît clairement que ceux qui ont « passé » (amarrū) n’ont pas parlé du sens : ils n’ont pas dit « Nous les interprétons selon leur apparence », comme le disent ceux qui se réclament des salafs. Il apparaît également que l’imrār signifie la délégation de l’interprétation et des sens de ces textes. »
Notes :
[1] Al-Asmāʾ wa-l-Ṣifāt d’al-Bayhaqī [2/377], éd. al-Sawādī
[2] Lisān al-ʿArab d’Ibn Manẓūr [5/165], éd. Ṣādir
[3] Kashf al-Mushkil d’Ibn al-Jawzī [3/506], éd. al-Waṭan
[4] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [6/40], éd. al-Maʿrifa
[5] Kashf al-Mushkil d’Ibn al-Jawzī [3/379], éd. al-Waṭan
[6] Al-ʿIlal d’Ibn Abī Ḥātim (2118), éd. al-Rushd
[7] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Rajab [7/234], éd. al-Ḥaramayn
[8] Tafsīr al-Thaʿlabī [2/129], éd. Iḥyāʾ al-Turāth
[9] Tafsīr al-Samʿānī [3/320], éd. al-Waṭan ; Tafsīr al-Baghawī [2/197], éd. Iḥyāʾ al-Turāth ; Tafsīr al-Khaṭīb al-Shirbīnī [1/480], éd. Būlāq ; Lawāmiʿ al-Anwār al-Bahiyya d’al-Saffārīnī [1/99], éd. al-Khāfiqayn
[10] Al-Mufhim li-mā ashkala min Talkhīṣ Ṣaḥīḥ Muslim d’al-Qurṭubī [1/411], éd. Ibn Kathīr – al-Kalim al-Ṭayyib. Et le fait que la doctrine des salafs soit de s’arrêter quant aux textes ambigus est ce que dit Abū al-Baqāʾ al-Kafawī al-Ḥanafī. Al-Kulliyyāt d’al-Kafawī [549], éd. al-Risāla
[11] Tafsīr al-Qurṭubī [4/14], éd. al-Kutub al-Miṣriyya
[12] Sharḥ al-Nawawī ʿalā Muslim [2/42], éd. Iḥyāʾ al-Turāth ; Sharḥ Ibn Mājah d’al-Suyūṭī [282], éd. Qadīmī Kutub Khāna
[13] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [13/390], éd. al-Maʿrifa
[14] Nihāyat al-Mubtadiʾīn d’Ibn Ḥamdān [35], éd. al-Rushd
[15] Al-Ajwiba al-Marḍiyya ʿan al-Asʾila al-Makkiyya d’al-ʿIrāqī [26], éd. al-Tawʿiya al-Islāmiyya
[16] Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar [13/407], éd. al-Maʿrifa
[17] Maʿānī al-Akhbār d’al-Kalābādhī [218-219], éd. al-ʿIlmiyya
[18] Maʿānī al-Akhbār d’al-Kalābādhī [221], éd. al-Kutub al-ʿIlmiyya ; voir aussi al-Taʿarruf li-Madhhab Ahl al-Taṣawwuf d’al-Kalābādhī [37], éd. al-Kutub al-ʿIlmiyya